Ressources pédagogiques

Utiliser la numismatique en classe de 6e

un tétradrachme au nom d'Alexandre le Grand (IVe s. av. JC)

 
Tétradrachme en argent 17,05 g. frappé à Babylone vers 311-305 av. JC

 

D/ Tête d'Héraklès à droite coiffé de la léontè


R/ Zeus assis à gauche sur un trône tenant un aigle et appuyé sur un sceptre. Monogramme sous le trône. A droite : ΑΛΕΞΑΝΔΡΟΥ (Alexandrou).

Au début de son règne, Alexandre continue la frappe en très grand nombre des types monétaires de son père : statères d'or de 10,8 g avec la tête d'Apollon et un bige au galop et tétradrachmes d'argent de 14,45 g. portant au droit la tête laurée de Zeus et au revers un cavalier macédonien ; tous sont frappés à Pella et Amphipolis, et portent le nom de Philippe.

Ayant reçu l'hegemôn des Grecs, il passe en Asie en 334 pour libérer les cités grecques d'Ionie du joug perse. Il réalise alors une brève émission de tétradrachmes portant son nom, avec Zeus au droit et un aigle au revers. Ce n'est qu'en 333, après la victoire d'Issos sur Darius III, qu'il commence la frappe des fameux "alexandres", lourds tétradrachmes de 17,2 g. (étalon attique) figurant au droit la tête d'Héraklès coiffé de la léontè (peau du lion de Némée) et au revers un Zeus aétophore (porteur d'aigle) assis à gauche sur un trône et s'appuyant sur un sceptre, accompagné de la légende ΑΛΕΞΑΝΔΡΟΥ ([monnaie] d'Alexandre). Des drachmes de même type et des bronzes de même droit et portant au revers le nom ΑΛΕΞΑΝΔΡΟΥ entre une massue et un carquois sont aussi frappés. Toutes ces monnaies illustrent l'ascendance divine revendiquée par l'héritier de la dynastie des Argéades : le héros Héraklès fils du divin Zeus.

Les plus importantes quantités sont frappés dans les ateliers macédoniens de Pella et Amphipolis (de même que des statères d'or avec la tête casquée d'Athéna au droit et une victoire au revers). Mais au fur et à mesure de l'avancée du conquérant, d'autres ateliers qui frappaient déjà monnaie auparavant sont mis à contribution : tout d'abord Tarse en Cilicie, puis Arados, Sidon, Damas et Tyr en Syrie et Phénicie, peut-être des ateliers chypriotes, Alexandrie d'Egypte, Sardes, Milet, Lampsaque et Abydos en Asie Mineure... Les ateliers les plus orientaux sont Suse et Babylone.

Il est à noter que si cette splendide monnaie rencontre immédiatement un immense succès et éclipse rapidement les chouettes athéniennes dans le grand commerce méditerranéen et proche-oriental, elle n'a jamais été une monnaie impériale, ayant vocation à être une "monnaie unique". A ses côtés subsistent des frappes locales de cités grecques, des émissions de statères d'argent en Cilicie et Babylonie, et surtout, les dariques d'or et les sicles d'argent des rois perses continuent à circuler dans tout l'ouest de l'ancien empire achéménide.


 sicle d'argent de 5,58 g.  frappé à Sardes ; type IIIb, vers 480-330

Le monnayage des rois perses

Après la conquête de la Lydie par les Perses en 546, les premiers rois de la dynastie achéménide, Cyrus, Cambyse puis Darius Ier poursuivent la frappe des monnaies de Crésus :les célèbres créséides d'or et d'argent  portant au droit les protomés affrontés de lion et de taureau (avec deux carrés creux au revers).

Puis vers 510 au plus tard, Darius frappe une nouvelle monnaie royale, au type du roi archer, qui durera jusqu'à la conquête macédonienne. Les premières émissions montrent le buste du roi à droite (type I), puis le roi agenouillé tirant à l'arc (type II). Après 500 sont frappés en parallèle les types III (le roi courant à droite tenant une lance en main droite et un arc en main gauche) et IV (avec un poignard à la place de la lance). Ces types se retrouvent sur les dariques d'or de 8,4 g. et sur les sicles d'argent d'abord de 5,35 g. puis 5,6 g. après 480.

Cette nouvelle monnaie très abondamment frappée ne circule en tant que telle que dans l'ouest de l'empire perse. A l'est de l'Euphrate, les régions qui ignoraient l'usage de la monnaie (pièce de métal de poids constant ayant reçu un symbole étatique) continuent à monnayer l'argent au poids sous forme de lingots : on peut trouver dans des trésors orientaux des sicles entiers ou coupés ajoutés à d'autres fragments d'argent, manifestement pour compléter un poids.

Le monnayage hellénistique

A la mort d'Alexandre, les diadoques qui se sont partagés son empire en 321 poursuivent dans un premier temps la frappe des "alexandres", puis inaugurent des monnayages plus personnels, le plus original tant par l'iconographie que par l'étalon adopté est celui de l'Egypte lagide. Des cités d'Asie Mineure frapperont quant à elles des "alexandres" longtemps après la mort du conquérant.

 L'exemplaire présenté ci-dessus a été frappé à Babylone en Mésopotamie par Séleucos Ier, fondateur de la dynastie séleucide, entre 311 (son retour en Babylonie après en avoir été évincé par Antigone le Borgne) et 305, date à laquelle il assume le titre royal et frappe des monnaies à son nom : ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΣΕΛΕΥΚOΥ (monnaie du roi Seleucos). Cette monnaie montre d'une part la popularité des "alexandres" après la mort du conquérant. D'autre part, même si cette monnaie n'a jamais été pensée comme une monnaie unique de l'empire, elle montre la fusion progressive de caractères grecs et "orientaux" :
- la monnaie franchit l'Euphrate et commence à se répandre en Babylonie puis en Perse ; de même  l'art grec et son univers iconographique (Héraklès, Zeus...) imprègnent peu à peu le Proche-Orient et pénètrent le monde perse jusqu'en Bactriane (où les monnaies des royaumes gréco-bactriens montrent ce qui est probablement le summum de l'art hellénistique du portrait).
- à l'inverse, l'image du roi (car il ne fait aucun doute que les contemporains associent ouvertement la représentation d'Héraklès avec le portrait d'Alexandre) se répand dans un monde grec plus habitué à voir sur ses monnaies des symboles poliades.

Le tétradrachme ci-dessous, frappé par Ptolémée VI, près de 160 ans après la mort d'Alexandre témoigne parfaitement de cette double évolution : diffusion de l'art grec du portrait dans une Egypte ayant une tout autre tradition iconographique et représentation du roi :

Ptolémée VI (180-145 av. JC),  AR Tétradrachme, 14,16 g. ; frappé à Salamis vers 164/3 BC. Svoronos 1431

D/ Tête de Ptolémée portant le diadème.

R/ ΠΤΟΛΕΜΑΙΟΥ ΒΑΣΙΛΕΩΣ (Ptolemaiou basileos) : aigle à gauche tenant le foudre dans ses serres.
 

Utilisation pédagogique possible : lors du premier cours consacré à Alexandre et la période hellénistique, après une première demi-heure de travail sur les cartes des conquêtes d'Alexandre et de la division de son empire, un exercice peut-être proposé, mettant en parallèle le tétradrachme au nom d'Alexandre et deux courts textes sur les mariages entre Macédoniens et perses (Arrien) et l'adoption par Alexandre des coutumes perses (Quinte-Curce). Les questions pourront être entre autres : Relève dans les documents ce qui montre qu'Alexandre adopte des coutumes perses. A quoi voit-on que des croyances grecques se répandent dans l'ancien empire perse ? On attirera aussi l'attention  lors de la correction sur la confusion Héraklès/portrait d'Alexandre et sur le fait que le style utilisé est typiquement grec.

Pour terminer la séquence de 3 heures consacrée au monde hellénistique, on peut proposer un petit exercice bilan sur la différence entre civilisation grecque classique et hellénistique (adaptation de l'exercice 5 p.116 du manuel Hatier) : dans un tableau illustré par une chouette d'Athènes et le portrait de Ptolémée ci-dessus, on demande de comparer le territoire, le type de gouvernement, l'armée et le symbole du pouvoir apparaissant sur la monnaie d'une cité grecque et d'un royaume hellénistique (avec les mots : une ville et ses campagne / un vaste territoire / démocratie / monarchie / armée de citoyens / armée professionnelle / image de la déesse Athéna / portrait du roi).

 

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